Coup de Force de l’UE : La Souveraineté Nationale Sacrifiée sur l’Autel de la Centralisation

C’est avec inquiétude et scepticisme que l’on doit accueillir la résolution du Parlement européen visant à modifier en profondeur le fonctionnement de l’UE. Sous couvert d’efficacité et d’intégration renforcée, elle consacre de fait un dangereux déni de démocratie.

L’abolition de pratiquement tous les vetos nationaux dans des domaines sensibles comme le budget, la fiscalité ou la politique étrangère signerait ni plus ni moins la fin d’un modèle européen fondé sur le compromis entre États souverains. Désormais, une majorité qualifiée suffirait pour imposer aux récalcitrants des décisions contraires à leurs intérêts fondamentaux.

On mesure aisément les risques d’une telle évolution. Comment, par exemple, demander à un petit pays d’approuver des mesures budgétaires taillées sur mesure pour les mastodontes que sont l’Allemagne ou la France ? Comment lui interdire de défendre par la négative des positions internationales vitales pour son économie ?

C’est toute la logique consensuelle de la construction européenne qui se trouve ainsi remise en cause. Certes, l’unanimité requise jusqu’alors pouvait sembler paralysante, mais elle avait le mérite d’obliger à la recherche de compromis acceptables par tous. Demain, une poignée d’États aura les coudées franches pour décider seuls de l’orientation du navire européen.

Les opinions publiques, déjà largement eurosceptiques, risquent fort de se braquer encore davantage face à ce passage en force institutionnel. Car le message est limpide : vos voix et vos votes pèsent décidément bien peu dans les arbitrages cruciaux pour votre avenir. Tout se décide désormais entre bureaucrates de Bruxelles, bien loin du terrain et de vos préoccupations quotidiennes.

Ce dangereux décrochage entre les nations et l’élite bruxelloise sonne comme un dernier clou sur le cercueil de l’idéal européen. On nous vendait naguère une Europe des peuples, on nous impose de fait une Europe technocratique qui semble avoir perdu de vue sa raison d’être profonde : servir les citoyens, et non l’inverse.

Avant donc d’envisager toute révision institutionnelle majeure, un préalable s’impose : replacer le débat démocratique au cœur du projet européen. Redonner aux parlements nationaux comme au Parlement européen toute leur place, restaurer les conditions d’un dialogue ouvert et transparent avec les sociétés civiles. Bref, repolitiser l’Europe, au seul profit de ses habitants.

Faute de quoi les rêves mêmes des pères fondateurs risquent de voler en éclats. Car ce n’est qu’en restaurant la confiance perdue entre gouvernants et gouvernés que l’on redonnera vie à l’esprit de solidarité qui fit jadis la force visionnaire du dessein européen.

https://www.europarl.europa.eu/news/en/press-room/20220603IPR32122/parliament-activates-process-to-change-eu-treaties

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