L’œil de Sauron obligatoire dans toutes les voitures neuves : qui osera détourner le regard ?

Écouter l'article

L’Union européenne a encore frappé. Après avoir transformé la voiture en sapin de Noël électronique avec l’ABS, l’ESP, la boîte noire et le limiteur de vitesse intelligent, voici la dernière trouvaille : la caméra de surveillance du conducteur. Vous avez bien compris, votre prochain véhicule neuf ne sera pas seulement un moyen de transport, mais aussi une extension de la salle de contrôle de Big Brother. Souriez, vous êtes pistés.

Le regard numérique qui ne dort jamais (contrairement à vous)

Depuis juillet 2024, tout nouveau modèle de voiture homologué en Europe doit être équipé de ce système de surveillance baptisé « Driver Monitoring System » (DMS), conformément à la réglementation GSR2. Mais ne vous inquiétez pas, si vous avez réussi à échapper à cette innovation en 2025, l’Union a pensé à tout : à partir de juillet 2026, plus aucune voiture neuve ne pourra y couper. De la citadine low-cost à la berline de ministre, tout le monde aura droit à son œil électronique dans l’habitacle.

Le principe ? Une caméra infrarouge, planquée derrière le volant ou dans le tableau de bord, analyse en temps réel votre visage, vos yeux, la position de votre tête, le clignement de vos paupières, et probablement votre niveau d’enthousiasme à l’idée d’être épié. Si, par malheur, vous détournez le regard de la route plus de 3,5 secondes au-dessus de 50 km/h, ou plus de 6 secondes entre 20 et 50 km/h, la voiture se met à biper, clignoter, et vous rappeler à l’ordre comme un surveillant de collège sous amphétamines. L’innovation, c’est de vous infantiliser avec la bénédiction de Bruxelles.

La sécurité a un prix (et c’est vous qui régalez)

On vous l’a déjà fait avec l’ABS et l’ESP : « C’est pour votre sécurité, ça ne coûtera presque rien. » Spoiler : c’est faux. Cette caméra, ajoutée à la ribambelle de gadgets désormais obligatoires (freinage d’urgence automatique, alerte de franchissement de ligne, limiteur de vitesse intelligent…), va faire grimper la facture de votre voiture neuve. Les constructeurs, tout sourire, estiment le surcoût à « quelques centaines d’euros ». Traduction : le prix d’une micro-citadine va frôler celui d’une compacte, et l’entrée de gamme va se réduire comme peau de chagrin. Mais qui s’en soucie à Bruxelles ? Certainement pas ceux qui roulent en berline de fonction.

Cerise sur le gâteau, en cas de panne ou de dysfonctionnement, préparez-vous à des devis salés. Les caméras, capteurs et autres modules électroniques ne se réparent pas : ils se remplacent. À vos portefeuilles.

Vision Zéro : la route sans morts, mais aussi sans vie privée

L’argument massue de l’Union européenne : « Vision Zéro », soit zéro mort sur les routes d’ici 2050. Objectif louable sur le papier, mais qui sert surtout de prétexte à une inflation réglementaire délirante. On vous explique que la somnolence est responsable de 30 % des accidents mortels sur autoroute, la distraction de 10 à 12 % des accidents en général. Résultat : tout le monde est suspect, tout le monde doit être surveillé, même si vous n’avez jamais fermé l’œil au volant.

Et ne comptez pas sur la vie privée pour vous protéger. Officiellement, la caméra « ne filme pas », « n’enregistre rien », « ne transmet aucune donnée ». On vous jure, main sur le cœur, que tout reste dans la voiture. Jusqu’au jour où un constructeur, une start-up ou une administration trouvera judicieux de collecter ces précieuses données pour « votre confort » ou « l’amélioration des services ». Après tout, ce n’est qu’une question de temps avant que le moindre bâillement ne soit archivé dans le cloud européen.

Désactivation ? Quelle désactivation ?

Certains constructeurs, dans un élan de générosité, vous laisseront désactiver le système via un menu caché au fin fond de l’ordinateur de bord. Mais attention : à chaque redémarrage, la caméra se réactive. D’autres, plus radicaux, ne vous laisseront même pas ce luxe : la surveillance sera permanente, point final. La sécurité, c’est comme la soupe à la cantine : on ne discute pas, on avale.

L’automobiliste, ce délinquant en puissance

Le message est clair : vous n’êtes plus un conducteur responsable, mais un danger public potentiel qu’il faut materner, surveiller, corriger. Oubliez la route comme espace de liberté : désormais, chaque clignement d’œil est suspect, chaque seconde d’inattention est traquée, chaque écart est sanctionné. L’avenir, c’est la voiture-bureau de surveillance, où l’on conduit sous contrôle permanent, pour votre bien évidemment.

Souriez, vous êtes surveillés (et vous allez payer pour ça)

La voiture, jadis symbole d’émancipation, devient un espace sous tutelle, truffé de capteurs, de caméras et d’algorithmes. L’Europe, au nom de la sécurité, impose une surveillance généralisée qui ferait pâlir d’envie n’importe quel régime autoritaire. Les constructeurs se frottent les mains : nouveaux marchés, nouveaux profits. Les automobilistes, eux, paient la note, financière et morale.

La prochaine fois que vous prendrez le volant de votre voiture neuve, n’oubliez pas de saluer la caméra. Elle ne vous quittera plus des yeux, pour votre sécurité, bien sûr. Et si vous trouvez ça exagéré, c’est que vous n’avez rien compris à la modernité européenne (sic).


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.