Fini la taxe GAFA, place aux frais de gestion sur les colis ! La France, toujours à l’avant-garde de la créativité fiscale, vient de nous pondre sa dernière trouvaille : des « frais de gestion » sur les petits colis entrant en Europe, particulièrement ceux en provenance de Chine. Une mesure qui ne s’appelle surtout pas « taxe » ou « droit de douane » – ces vilains mots qu’utilise ce rustre de Donald Trump – mais qui y ressemble étrangement. Quelle coïncidence !
L’Europe découvre subitement l’invasion des petits colis
La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a annoncé mercredi que la France réunirait « dans les prochaines semaines » ses homologues européens pour discuter de cette brillante innovation fiscale. L’objectif affiché ? Financer le contrôle des petits colis entrant en Europe, principalement ceux envoyés depuis la Chine via des plateformes comme Shein ou Temu.
Ces chiffres qui font soudainement peur à nos dirigeants sont pourtant connus depuis un moment: 4,6 milliards de colis d’une valeur inférieure à 150 euros ont transité dans l’Union européenne en 2024, dont 91% provenant de Chine. Pour la France seule, ce sont 800 millions de petits colis qui ont été livrés l’an dernier. Une déferlante qui, curieusement, n’inquiétait pas tellement nos responsables politiques avant que Trump ne décide de sévir outre-Atlantique.
La merveilleuse alchimie européenne : transformer une taxe en « frais de gestion »
Mais rassurez-vous, braves consommateurs : selon notre ministre, ces frais ne seront pas à votre charge ! Ce seront les plateformes et les importateurs qui paieront ces « quelques euros » par colis. Une déclaration d’une innocence touchante, comme si les entreprises avaient pour habitude d’absorber les nouvelles charges sans jamais les répercuter sur le prix final.
Ces « frais de gestion », qui s’élèveraient à « quelques euros » par colis ou « quelques dizaines de centimes » par article, seraient appliqués dès 2026, et ce jusqu’en 2028.
Trump taxe, l’Europe « gère » : même combat, différent packaging
Pendant ce temps-là, outre-Atlantique, Donald Trump n’y va pas par quatre chemins. Après avoir signé un décret annulant l’exemption de droits de douane sur les petits colis chinois, il a d’abord imposé une taxe de 30% sur ces envois, puis l’a portée à 90% avec un minimum de 75$ par colis. Insatisfait de ce premier tour de vis, il a ensuite relevé ces taux à 120% de leur valeur et jusqu’à 200$ par colis. Une brutalité que l’Europe condamne vertueusement du bout des lèvres, tout en préparant sa propre version – plus élégante, plus européenne – de la même politique.
La différence ? Trump appelle un chat un chat, tandis que l’Europe préfère parler de « mécanisme de frais de gestion » ou de « financement des contrôles ». L’euphémisme, cette élégance toute française.
Les consommateurs paieront, bien évidemment
Il faut avoir une foi inébranlable dans le Père Noël pour croire que ces fameux « frais de gestion » ne finiront pas dans la poche des consommateurs. Les plateformes comme Shein et Temu, dont le modèle économique repose entièrement sur des prix cassés, ont deux options : absorber ces nouveaux frais et réduire leurs marges déjà minces, ou les répercuter sur les prix. Devine laquelle elles choisiront ?
Le gouvernement nous assure pourtant que ces frais seraient payés par les importateurs et non par les consommateurs. Une promesse aussi crédible que celle d’un régime qui fait maigrir en mangeant du chocolat. Les mécanismes économiques les plus élémentaires nous enseignent que toute augmentation des coûts pour une entreprise finit, d’une manière ou d’une autre, par être supportée par le client final. C’est ainsi que fonctionne le capitalisme que nous défendons avec tant d’ardeur face au dirigisme chinois.
L’Europe, championne de la critique à géométrie variable
Le plus savoureux dans cette affaire reste la posture européenne vis-à-vis des mesures protectionnistes. Quand Trump impose des droits de douane, c’est du protectionnisme brutal, régressif, contraire aux principes du libre-échange. Quand l’Europe fait sensiblement la même chose, c’est de la « régulation », de la « protection du consommateur », voire de la « lutte contre les produits dangereux ».
Cette hypocrisie n’échappe à personne. L’Europe et la France critiquent les guerres commerciales initiées par Trump tout en préparant leurs propres bataillons sous d’autres noms. Michel-Edouard Leclerc, jamais le dernier pour une bonne formule, prévoit même une « invasion » de produits chinois en Europe et conseille ironiquement aux consommateurs d’en « profiter » avant que les prix n’augmentent.
La facture finale : à qui le tour ?
La vérité que personne n’ose dire clairement, c’est que cette nouvelle mesure n’est qu’une taxe déguisée qui finira par être payée par le consommateur. Quand votre t-shirt Shein à 5 euros passera à 7 euros, n’allez pas chercher midi à quatorze heures : ce seront les fameux « frais de gestion » qui se seront glissés dans votre panier.
L’Europe et la France peuvent bien emballer leur protectionnisme dans du papier de soie et l’appeler « mécanisme de frais de gestion », la réalité économique reste immuable : quand on augmente les coûts pour les entreprises, ce sont les consommateurs qui trinquent. Trump a au moins le mérite de ne pas prétendre le contraire.
Préparez-vous à payer plus cher vos gadgets inutiles et vos vêtements jetables. Mais chut, ne le dites pas trop fort: nous ne sommes pas censés nous en apercevoir.