Big Pharma : marionnettiste de la science ?

On pourrait croire que Big Pharma est l’ange gardien de la recherche médicale. À coups de millions, ils financent l’étude de leurs propres produits, comme si on confiait à l’ogre la garde du potager. Un récent rapport de l’Académie Nationale des Sciences, de l’Ingénierie et de la Médecine (NASEM) révèle que les études financées par l’industrie pharmaceutique sont plus susceptibles de rapporter des estimations d’efficacité élevées pour les médicaments. Quel miracle !

Un exemple probant ? Une méta-analyse de 3 000 études a démontré que les études sponsorisées par l’industrie étaient 30 fois plus susceptibles de rapporter des estimations d’efficacité significatives pour les médicaments. La même analyse a montré que les études sponsorisées par l’industrie du tabac étaient presque 90 fois plus susceptibles de conclure que la fumée secondaire n’était pas nocive.

Et quand les chercheurs ne font pas l’éloge des produits de leurs bienfaiteurs, ils contournent le problème avec une malice digne d’un courtisan de Versailles. En effet, le financement de l’industrie influence également la manière dont les chercheurs rédigent leurs conclusions, quel que soit le résultat réel de l’étude. En d’autres termes, ils peuvent tourner les faits à leur avantage, offrant ainsi un récit plus convaincant que les données réelles.

Mais la manipulation ne s’arrête pas là. Le rapport de la NASEM expose également comment les sponsors influencent le programme de recherche lui-même. Comme le dit Lisa Bero, Ph.D., une experte en biais de l’industrie dans la recherche, ces agendas “correspondent rarement aux questions de santé publique ou de prévention”. Par exemple, l’industrie du jeu finance des recherches sur les causes génétiques de la dépendance, alimentant ainsi des théories selon lesquelles la dépendance est une caractéristique naturelle qui ne peut pas être réglée par des politiques limitant l’industrie. Et pourquoi Coca-Cola financerait plus de recherches sur l’exercice que sur les effets de l’apport en sucre sur le corps ? Les bonnes questions n’attirent pas toujours les bons financements.

Alors que faire face à cette débauche de pseudo-vérités scientifiques ? Certaines propositions ont été avancées, allant de l’augmentation de la transparence à la mise en place de règles strictes interdisant aux sponsors de jouer un rôle dans la conception des études ou dans la communication des résultats. La route est longue et sinueuse, mais comme l’a souligné Gary Ruskin, directeur exécutif de U.S. Right to Know, “tant de vies sont en jeu”.

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