La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, brandit son nouveau plan mirobolant de 800 milliards d’euros pour une soi-disant « Europe de la défense ». Derrière ce montant astronomique se cache pourtant un projet bien plus insidieux qu’une simple mutualisation des achats militaires : une accélération forcée vers le fédéralisme européen, ce vieux fantasme des eurocrates bruxellois qui rêvent d’États-Unis d’Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le fédéralisme européen sous uniforme militaire
L’histoire nous enseigne que la défense a toujours été le levier privilégié des architectes du projet fédéraliste européen. Dès 1923, avec les propositions de Richard Nikolaus de Coudenhove-Kalergi, puis avec le Mémorandum d’Aristide Briand en 1929 sur « l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne », la sécurité collective servait déjà de prétexte aux abandons de souveraineté. Plus frappant encore, le Manifeste de Ventotene rédigé par Altiero Spinelli et Ernesto Rossi en 1941 attribuait explicitement à l’État national « la cause de la guerre » et déclarait comme priorité stratégique « la lutte pour la fédération européenne ». La boucle est bouclée quand on voit von der Leyen ressortir le même argumentaire, à peine modernisé, pour justifier sa ponction financière colossale.
Les avocats du fédéralisme européen ne s’en cachent même plus. Ils considèrent que « l’union de l’Europe n’a de sens que par l’exercice en commun de la souveraineté au niveau européen » et par « la création d’une autorité politique européenne ». Cette philosophie s’oppose frontalement au principe de souveraineté nationale, cette idée démodée selon les standards bruxellois, qui voudrait que chaque peuple puisse décider librement de son destin sans se voir imposer des décisions prises par un monstre bureaucratique transnational.
La souveraineté nationale sacrifiée sur l’autel de Bruxelles
Le plan de défense européenne représente l’assaut final contre la souveraineté des États membres. Contrairement aux affirmations lénifiantes des europhiles, l’adhésion à l’Union européenne implique bel et bien un « abandon de la souveraineté », notamment sur « le contrôle de notre économie nationale ». Malgré les démentis officiels, ce constat s’impose désormais dans le domaine militaire, dernier bastion de l’indépendance nationale.
Les partisans de la CED (Communauté européenne de défense) dans les années 1950 voyaient déjà dans ce projet « l’étape décisive vers l’unité fédérale de l’Europe » À l’époque, les opposants comme le général de Gaulle combattaient ce projet qui entraînerait « un abandon de souveraineté nationale inacceptable » Soixante-dix ans plus tard, les mêmes arguments refont surface, et les mêmes desseins fédéralistes se cachent derrière les promesses de sécurité collective.
La Commission, avec une subtilité d’éléphant dans un magasin de porcelaine, impose désormais des quotas pour l’industrie de la défense : 40% minimum d’achats d’équipements en commun d’ici 2030, puis 50% minimum d’équipements fabriqués en Europe. Derrière ces objectifs apparemment techniques se cache une harmonisation forcée des équipements militaires, prélude à une armée européenne sous commandement de Bruxelles. Le Français et l’Allemand peuvent bien proclamer ensemble qu’ils veulent « une Europe unie, forte et souveraine », mais cette souveraineté européenne se construit sur les ruines des souverainetés nationales.
La farce de l’efficacité collective face aux géants américain et russe
Pendant que les bureaucrates bruxellois dessinent sur leurs tableaux Excel une défense européenne hypothétique, les Américains et les Russes, eux, possèdent des forces militaires réelles, opérationnelles et cohérentes. L’OTAN, cette organisation où « Washington représente 70% des capacités militaires et 80% des moyens aériens », continue d’être le véritable garant de la sécurité européenne. Les 800 milliards d’euros de von der Leyen apparaissent bien dérisoires face à cette réalité.
La dépendance européenne envers les États-Unis est symptomatique de cette incapacité chronique à s’affirmer comme une puissance militaire autonome. Entre juin 2022 et juin 2023, « 78% des dépenses d’approvisionnement ont été effectuées auprès de fournisseurs non européens, dont 63% aux États-Unis ». Ce n’est pas un plan quinquennal européen qui changera cette réalité fondamentale.
Pendant ce temps, la Russie poursuit son développement militaire avec pragmatisme et cohérence. Son industrie de défense, loin des palabres européennes sur la répartition des contrats entre pays membres, produit efficacement du matériel adapté à ses besoins stratégiques. Moscou doit certainement regarder avec amusement ces Européens qui croient pouvoir rattraper des décennies de sous-investissement militaire avec un coup de baguette magique financière.
La cacophonie intra-européenne : le fédéralisme impossible
Le comble de l’ironie dans cette marche forcée vers le fédéralisme militaire réside dans l’incapacité structurelle des Européens à s’accorder. Comment imposer une défense commune à des pays dont certains revendiquent un statut de neutralité? L’Autriche et Malte, par exemple, préfèrent « des dépenses à finalité civile » plutôt que financer des achats de munitions. La Hongrie dispose d’un « opt-out » concernant le soutien à l’Ukraine. Et que dire des pays « neutres » qui, contrairement à la Suède et la Finlande, « ne ressentiront probablement pas la nécessité d’intégrer l’OTAN » ?
Cette hétérogénéité fondamentale des intérêts nationaux rend risible la prétention fédéraliste. Le modèle théorique de « l’union fédérale » promu par certains intellectuels européens entend « décourager les pressions centrifuges des États membres craignant des menaces sur leurs prérogatives de souveraineté ». Quelle admission involontaire! Le fédéralisme européen doit donc « décourager » – comprendre neutraliser – les légitimes inquiétudes des États soucieux de préserver leur indépendance.
La marche forcée vers un État européen sans les peuples
Les 800 milliards d’euros de von der Leyen constituent donc le dernier stratagème des fédéralistes européens pour achever leur grand œuvre : un super-État européen construit sur les décombres des nations. Les peuples n’ont jamais été consultés sur ce projet, et pour cause : leur attachement à leur souveraineté nationale représente le principal obstacle à cette ambition bureaucratique.
La construction européenne a beau se présenter comme « une union de valeurs et de droit », elle reste avant tout une machination politique visant à contraindre les nations à « partager leur souveraineté », selon l’euphémisme consacré. Comme le rappelle la représentation française de la Commission européenne, c’est cette « imbrication des ordres juridiques nationaux et européen » qui permet à l’Union d’exister et d’avancer pour « créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe ». Cette « union sans cesse plus étroite » n’est rien d’autre que la feuille de route du fédéralisme européen.
Dans ce contexte, les 800 milliards d’euros pour la défense européenne représentent moins un bouclier contre des menaces extérieures qu’une chaîne dorée destinée à attacher définitivement les nations européennes au char du fédéralisme bruxellois. Pendant que les Européens débattent de la couleur des uniformes de leur hypothétique armée commune, Russes et Américains continuent de façonner le monde réel selon leurs intérêts stratégiques.
Une mauvaise blague qui va vous coûter cher.
800 milliards d'euros pour l'Europe de la défense: Le cheval de Troie fédéraliste de von der Leyen
— nonmais (@MostraakX) March 4, 2025
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, brandit son nouveau plan mirobolant de 800 milliards d'euros pour une soi-disant "Europe de la défense". Derrière… pic.twitter.com/pOaMQWgOMP
https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9d%C3%A9ralisme_europ%C3%A9en
https://geopolitique.eu/articles/lavenir-de-leurope-une-alternative-federale-a-la-differenciation/
https://www.robert-schuman.eu/questions-d-europe/762-quel-avenir-pour-la-defense-europeenne
https://www.monde-diplomatique.fr/mav/183/ROBERT/64731
https://www.vie-publique.fr/en-bref/294304-industrie-europeenne-de-la-defense-quelles-faiblesses
https://ue.delegfrance.org/une-europe-unie-forte-et
https://www.europeenauvergnerhonealpes.fr/programmes-europeens/fonds-europeen-de-defense-fed
https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/294159-quest-ce-que-lunion-europeenne-par-julien-barroche