Quel dommage, chers téléspectateurs ! Vous ne retrouverez plus vos émissions favorites (ou pas ) sur C8 et NRJ12. L’Arcom, ce gendarme de l’audiovisuel soi-disant indépendant, vient de les éjecter sans ménagement de la TNT. Et devinez qui récupère les fréquences ? Deux nouveaux entrants bien sous tous rapports : OF TV du groupe Ouest-France et RéelsTV de Daniel Kretinsky. Comme par hasard, deux groupes qui bénéficient déjà très largement des largesses de l’État.
Près de 7 millions d’euros de subventions publiques par an pour Ouest-France, plus de 4,5 millions pour les titres de Kretinsky. Cela ne leur suffisait visiblement pas. Il leur fallait aussi une fréquence TNT pour étendre leur empire médiatique et leur influence. Un joli cadeau de l’Arcom qui confirme son rôle de bras armé de l’État pour museler les médias un peu trop indépendants.
Regardons d’un peu plus près cette fameuse Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Composée de 9 membres nommés par le pouvoir politique, difficile de croire en sa totale indépendance. D’autant que son président, Roch-Olivier Maistre, est directement choisi par le Président de la République Emmanuel Macron. On est loin d’un contre-pouvoir impartial.
Et que dire des profils de ces « sages » de l’audiovisuel ? Passés par les plus hautes sphères de l’État pour la plupart. Comme Carole Bienaimé Besse, conseillère d’État, ou Laurence Pécaut-Rivolier, magistrate à la Cour de cassation. Des parcours brillants certes, mais qui interrogent sur leur réelle indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics.
Même son de cloche du côté de la direction générale de l’Arcom. Son directeur général, Guillaume Blanchot, occupait déjà ce poste au CSA après avoir été directeur de cabinet de plusieurs ministres. Vous avez dit indépendance ? On est en droit d’en douter.
Et les récentes décisions de l’Arcom ne font que renforcer les doutes. Des sanctions à répétition contre CNews pour de prétendus manquements déontologiques, une mise en demeure d’Europe 1 pour avoir critiqué le Nouveau Front populaire… L’Arcom semble surtout prompte à réprimer ceux qui osent remettre en cause le discours dominant.
En écartant C8 et NRJ12 au profit de deux groupes déjà bien établis et proches du pouvoir, l’Arcom porte un coup au pluralisme des médias. Une diversité pourtant essentielle à notre démocratie. Mais visiblement, seule compte la voix de ceux qui ont l’oreille et le portefeuille de l’État. Les autres n’ont qu’à bien se tenir. Un deux poids deux mesures indigne d’un pays qui se veut le porte-étendard de la liberté d’expression.
Difficile de ne pas voir la main du pouvoir derrière la composition de l’Arcom. Un entre-soi des élites parisiennes, passées par les mêmes écoles et les mêmes ministères. En plaçant un proche à la tête du régulateur, l’Élysée s’assure une influence directe sur ses décisions.
Alors l’Arcom, réellement indépendante ? Permettez-moi d’en douter. Derrière les beaux discours, on découvre un simple bras armé de l’État pour museler les médias qui dérangent. Et ce n’est pas près de s’arranger avec un casting aussi politiquement marqué. Le pluralisme de l’audiovisuel mérite mieux que cette mascarade d’indépendance. Mais ne rêvons pas, les copinages entre pouvoir et médias ont encore de beaux jours devant eux. En attendant, chers téléspectateurs, il va falloir vous contenter des chaînes validées par le pouvoir. Celles qui ont le bon goût de relayer la parole officielle sans trop broncher. Une bien triste époque pour les médias français.